Jeudi 24 avril 2008
Les revenus des PDG battent tous les records en 2007
par Laurent Mauduit
Publié le 23/04/2008 sur Médiapart : http://www.mediapart.fr/


L'examen des 30 premiers «documents de référence» des grandes entreprises du CAC 40 l'atteste : les revenus des grands patrons ont atteint de nouveaux sommets historiques en 2007. En plus des salaires et des avantages divers, ce sont surtout les plus-values sur stock-options et, dans certains cas, les dividendes, qui ont véritablement explosé. Avec cette enquête, Mediapart publie un tableau qui récapitule l'ensemble des rémunérations de 43 dirigeants et détaille, dans un second article, les revenus du PDG le plus fortuné: «Bernard Arnault, le milliardaire boulimique».

«Nous avions tous le coeur qui se soulevait quand nous avons découvert les montants des rémunérations envisagés.» Laurence Parisot avait assurément trouvé le ton juste, dans les premiers jours du mois de juin 2006, pour commenter «l’affaire Zacharias», qui venait d’éclater. Sentant que le pays était choqué par les quelque 250 millions d’euros accordés au PDG déchu du groupe Vinci, comprenant un «golden parachute», des indemnités de retraites, une montagne de stock-options et quelques primes diverses, la présidente du Medef avait sans détour exprimé son indignation.

«Nous avions tous le coeur qui se soulevait... » Ces mots-là, Laurence Parisot pourrait aujourd’hui les prononcer de nouveau. Avec plus de force et de colère. Car la dérive qu’elle dénonçait alors – ou faisait mine de dénoncer – s’est encore accélérée. C’est le constat principal que l’on peut dresser à la lecture des premiers «documents de référence» (ou rapports annuels) publiés par les plus grands groupes français, ceux qui figurent dans l’indice vedette du CAC 40 : salaires fixes, salaires variables, bonus, avantages en nature, retraites dites "chapeau", stock-options, actions gratuites, "golden parachutes" – l’imagination a été au pouvoir en ce domaine. Les rémunérations totales octroyées aux principaux PDG et mandataires sociaux ont atteint en 2007 de nouveaux sommets. Alors que les revendications sur le pouvoir d’achat ne cessent de monter dans les entreprises, les
chiffres donnent le vertige.


Les rapports annuels ne sont pas encore tous disponibles : pour étudier les évolutions en cours, Mediapart n’a pu dépouiller que 30 d’entre eux, 10 autres n’ont pas encore été transmis à l’Autorité des marchés financiers, soit en retard, soit en raison d’exercice décalé. Même si la loi, depuis 2002, fait obligation aux entreprises de rendre publiques les rémunérations de leurs mandataires sociaux, cette obligation de transparence n’est parfois respectée que de mauvaise grâce : il faut beaucoup de patience pour parvenir à reconstituer la réalité précise des revenus globaux engrangés par les PDG.

Mais enfin, le fait est là, irréfutable : le tableau réalisé par Mediapart sur les revenus des PDG (que l’on peut télécharger ici : http://www.mediapart.fr/files/Revenus%20PDG.pdf ) montre que de nouveaux et formidables records ont encore été établis l’an passé.
par Magali Braconnot publié dans : Coup de gueule
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 2 février 2008
undefinedLundi matin, le département Contrôle & Audit de la Société Générale retourne au travail... 
par Magali Braconnot publié dans : Coup de gueule
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 21 novembre 2007
Vas-y, rejoue z'en moi, de ton pipeau en bois
lien : http://recits.blogs.liberation.fr/thierry_pelletier/2007/11/vas-y-rejoue-ze.html

Vu de mon trou, la grève, c'est un peu une abstraction, y'a pas de transports en commun dans nos campagnes, pas plus de facs ni même de lycées, si ça continue, d'ici quelques années, y'aura même plus d'écoles primaires.

Il a fallu que je me casse le nez, hier, devant l'antenne du trésor public qui siège (pour combien de temps encore ? ) dans la mégapole de 300 habitants, à 15 bornes de chez moi, pour que je me souvienne qu'on était le jour de la grande manif.

Je voulais m'excuser auprès de mon percepteur de faire partie de cette ridicule minorité de mauvais coucheurs prétentieux qui n'a pas de télé, n'en veut pas, et que par conséquent la redevance audiovisuelle de 116 euros, ça m'emballait pas franchement de la payer.
Sinon, pour faire grève, c'est tout de même plus pratique d'avoir un taf, moi j'en suis de nouveau, comme pas mal de clampins, à chercher du boulot, tintin reporter (voir le billet Ça me coûte pas cher d'aller travailler...) c'est fini.

Un de mes derniers reportages s'est déroulé à l'ANPE, la presse y était invitée par des assos d'insertion dans le cadre de «la semaine d'accession à l'emploi des handicapés». J'étais bien content d'y aller en invité pour une fois, pas comme client. Une dame très gentille avec un gros badge m'a proposé un café, y'avait des petits gâteaux... La conférence de presse avait bien commencé, les divers intervenants récitaient leur texte avec conviction. Ça ronronnait gentiment, des centaines de «placements» revendiqués par an, des campagnes d'information auprès des employeurs sur le thème «les handicapés sont des salariés comme les autres», du financement d'installation de matériel adapté, que des bonnes nouvelles et des chouettes bonnes idées, mais tout ça, c'était rien à côté de la grande opération de la journée, une innovation dont ils n'étaient pas peu fiers.

Dans une salle attenante, une séance de «job dating» mettait une trentaine d'employeurs aux prises avec une centaine de handicapés qui disposaient de dix minutes chacun pour «séduire» le chef d'entreprise. Tous ces «demandeurs d'emploi» avaient été préparés à l'épreuve, après une première pré-sélection, par des ateliers d'une demi-journée de simulations d'entretiens d'embauche. Ça fait du boulot, de la prestation de services, pour tous les professionnels de «l'accompagnement», de «l'insertion», ce genre de camps d'entraînement, généralement sous traités, et puis ça occupe les chômeurs, important ça.

Je voulais pas gâcher la bonne ambiance qui régnait entre nous, pourtant j'ai bien senti que je gaffais, que je cassais un peu le bon délire, quand j'ai demandé ce que signifiait la présence de Manpower en bas de l'affiche qui faisait la pub pour cette magnifique «semaine d'actions».

Une dame de l'ANPE avec un gros badge m'a expliqué bien patiemment que la célèbre entreprise philantropique en question possédait des «outils» de recherche de profils dont l'ANPE ne disposait pas. J'ai
trouvé ça vague, j'ai failli demander pourquoi on supprimait pas, dans ce cas, une institution aussi obsolète, mais j'ai préféré écraser.

La cérémonie a repris son cours et les prédicateurs badgés ont recommencé à se chauffer. Début de transe pour celui qui nous explique que l'insertion des handicapés est super importante pour des tas de raisons éthiques, évidemment, mais économiques également, car nous allons connaître bientôt une pénurie de main d'œuvre ! Et moi qui croyait, ballot, qu'à force de délocalisations et de coupes claires dans le secteur public, le chômage faisait rien qu'à augmenter, j'avais comme d'habitude un train de retard. Je vais peut- être m'acheter une télé finalement, ça m'évitera de passer pour un con la prochaine fois.

L'ambiance est encore montée d'un cran, les défis du plus beau slam en langue de bois se succèdent, jusqu'à l'intervention exaltée d'une sémillante quadragénaire, responsable d'agence. C'est bien beau d'insérer les handicapés au monde du travail, explique-t-elle, mais faudrait voir à pas oublier que le travail génère parfois du handicap, des accidents, et qu'avec l'allongement des années de travail, certains salariés ne sont plus aptes à tenir leur emploi. On va donc leur proposer des postes aménagés pour leur permettre de finir leur temps et leur éviter d'avoir à en passer par la médecine du travail, qui les renverrait à l'inaction et annihilerait tous ces beaux efforts, en faisant augmenter de nouveau le nombre de handicapés au chômage.

Je me risque à objecter qu'il est peut-être plus important de dédommager les victimes de maladies professionnelles que de les maintenir à tout prix en emploi, que dans bien des cas on travaille pour vivre et non pas le contraire, que c'est peut-être le travail qui n'est pas adapté à l'humain plutôt que le salarié qui serait
«inapte» à l'emploi, que toutes ces constatations prouvent bien qu'il est absurde de vouloir faire marner les gens jusqu'à 65 ans, et que commencer par imposer des conditions de travail dignes et humaines
serait moins coûteux et plus juste.
Froid glacial, les badges se regardent, qui a laissé rentrer ce con, proclament leurs regards aterrés. Ma quadra se rebiffe : «Mais pas du tout, les gens veulent travailler, et puis nous faisons de la prévention, nous avons obtenu des sièges rotatifs pour les caissières qui leur évitent de s'abîmer le dos.»

Je lui expliquerais bien qu'exercer un métier qu'on aime est un luxe aussi rare que précieux, que les gens veulent surtout du pognon pour vivre, que si le boulot était si épanouissant la Française des Jeux se ferait un peu moins de ronds, que tous les gratteurs de tiksons rêvent d'échapper au salariat ou à la précarité, qu'on est rarement caissière par vocation, qu'elles doivent être bien contentes de préserver leur dos, mais qu'elles aimeraient peut-être bien sortir de leur caisse, qu'aucun être humain ne mérite de faire exactement les mêmes gestes pendant quarante ans de sa vie, qu'aucun organisme n'y résiste.

J'aimerais lui dire aussi que j'en ai plein le cul de passer mes journées à faire du publi-reportage pour des associations d'«insertion» qui se gavent d'argent public à faire croire à des gens fatigués, fauchés, rincés qu'ils vont leur trouver du boulot, et les «accompagnent» de stages bidon en «contrats aidés» vers nulle part, que la misère est une manne inépuisable pour tous ces lycaons débonnaires qui se multiplient indéfiniment, augmentant sans cesse le nombre d'intermédiaires entre le pauvre con qui voudrait juste bosser
et l'arlésienne, l'employeur. J'aimerais qu'elle comprenne qu'on veut bien taffer, pas trop le choix, mais qu'il faudrait arrêter de nous présenter le salariat comme l'horizon indépassable de l'épanouissement individuel, que c'est pas gentil de se foutre de nous.

Mes collègues me matent énervés, mes conneries ça retarde tout le monde, on a des articles à taper, c'est bon, je ferme ma bouche, on se quitte bons amis, les gros badges nous offrent des agendas et un porte- clefs.

J'y retourne la semaine prochaine, pour me réinscrire, j'espère qu'il reste des petits gâteaux.
par Magali Braconnot publié dans : Coup de gueule
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus