Bonjour et bienvenue!

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Parce que d'autres mondes sont possibles et nécessaires, il est urgent de proposer des alternatives à la marchandisation généralisée. Résister, lutter, proposer, agir ensemble pour des sociétés solidaires, féministes, écologistes, autogestionnaires, antiracistes !

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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 00:16

Et non, ce n'est sans doute pas un chat qu'il faut élire au pays des souris !

Ils votent des lois, de bonne lois, mais pour les chats ! Pas pour les souris !

Le discours de Tommy Douglas en 1944 au Canada raconte une parabole qui raisonne étonnament d'actualité !

 

 

Par Magali Braconnot - Publié dans : Elections
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 11:36

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http://www.scienceshumaines.com/jouets-des-catalogues-plus-que-jamais-en-rose-et-bleu_fr_28286.html
Jouets : des catalogues plus que jamais en rose et bleu
Xavier Molénat
 
Publié le 19/12/2011
Univers de garçon, univers de fille : dans les catalogues de jouets, la mise en scène des différences de genre n'a cessé de s'accroître et de se sophistiquer depuis trente ans.
Difficile d'y échapper en cette période de Noël : les catalogues de jouets envahissent les boîtes aux lettres et les halls des magasins. Pour guider enfants et adultes dans leur choix, le rubriquage se révèle la plupart du temps peu original, avec notamment de belles pages d'un bleu profond pour présenter les jouets destinés aux garçons, de belles pages d'un doux rose pâle pour présenter « l'univers des filles »... Une telle division peut sembler naturelle ou agacer, elle semble en tout cas semble être devenu une règle dans le commerce.
 
Une distinction omniprésente
    Mais en a-t-il toujours été ainsi ? Doctorante et ATER à l'université de Nanterre, la sociologue Mona Zegai, qui mène actuellement une recherche sur les discours dans le monde du jouet et leur transformation, montre contre toute attente que la généralisation des catégories « garçons » et « filles » est relativement récente, puisqu'elle remontrait seulement au début des années 1990. Avant 1992, en effet, on retrouve quelques exemples de division sexuée, mais ce sont essentiellement des catégories fondées sur l'âge, le type de jouet ou l'activité qu'ils permettent, qui sont alors utilisées : poupées, voitures, construction, lecture... A l'inverse, l'analyse des catalogues de Noël édités par Auchan, Carrefour ou encore la Grande récré entre 2005 et 2007 révèle que les pages filles/garçons représentent en moyenne un tiers des pages. N'échappent à leur emprise que les « jouets 1er âge » (âge donc supposé neutre), les jeux de société, les loisirs (DVD, jeux vidéo) ou les cycles, par exemple. Ce ne sont donc pas (ou pas seulement) les jouets qui confortent les clivages de genre, c'est aussi la façon dont ils sont présentés.
 
Couleurs, typographie, argumentaires : la mise en scène des différences
    M. Zegai montre par ailleurs que le changement n'est pas seulement quantitatif : tout, dans la sophistication progressive de la mise en scène des catalogues, construit des univers de jeux filles/garçons de plus en plus fortement différenciés. Ainsi des codes couleurs : la dichotomie Bleu-garçon / Rose-fille s'est imposée avec une telle force qu'on peine à imaginer une image sur fond rose d'un petit garçon jouant avec son atelier de bricolage. On la trouve pourtant dans catalogue Toys'R'Us de 1993 ! Le renforcement des différences de genre passe également par les photos d'enfants en situation (garçons jouant à la voiture, fillettes tenant un poupon dans leurs bras), qui se multiplie au cours des années. En 1988, le catalogue Carrefour comporte par exemple 8 photos de garçons seuls et 2 de filles seules. En 2010, on en trouve respectivement 29 et 8 (l'activité ludique serait-elle plus masculine ? Ou bien les garçons sont-ils considérés comme des enfants « génériques » ?).
    Autre élément de différenciation : les polices de caractère, qui évoquent pour les garçons vitesse et technique (utilisation d'italique et de typographies type « machine à écrire »), et pour les filles amour et douceur (polices arrondies, coeurs à la place des points sur les i...). M Zegai remarque enfin que les argumentaires de vente sont de plus en plus élaborées : minimalistes dans les années 1980 (« Poupée chiffon "Brigitte", 50 cm, suce son pouce »), ils impliquent désormais « des techniques discursives commerciales basées sur la mise en scène de l'activité ludique et l'implication du lecteur » (« Poupée Charlotte et Livre Interactif : Avec son livre interactif de 20 pages, cette grande poupée chiffon parfumée de 40 cm parle, chante et joue avec toi à 8 activités vraiment sympas ! Piles incluses. »). L'occasion, là encore, de renforcer l'attribution du jouet à l'un des deux sexes (« Mon détecteur de secrets : Un jeu réservé aux filles avec détecteur de secrets qui révèlera qui est honnête ou menteuse. »). Une stratégie que l'on retrouve même, paradoxalement, dans les quelques catalogues qui ne proposent pas de catégorisation garçons et filles, à l'instar d'Oxybulle qui, cette année, présente par exemple un tapis de jeux comme « un vrai rêve de petit garçon » http://www.eveiletjeux.com/produit-801151/tapis-route.htm.
 
Reflet ou exacerbation de la réalité ?
    Comment alors expliquer ce renforcement des stéréotypes de genre ? L'interview d'un cadre de La Grande récré par M. Zegai semble indiquer que, du point de vue des professionnels, la société reste largement inégalitaire (« Même si beaucoup de gens vous disent qu'on est sur une égalité entre l'homme et la femme (...) la réalité du foyer elle est tout autre, c'est la maman qui fait le ménage, c'est la maman qui fait les courses, c'est la maman qui fait à manger, et le papa lui il glande devant la télé, c'est caricatural mais c'est un petit peu ça »), que les enfants fonctionnent largement à l'imitation du parent du même sexe, et que les fabricants ne peuvent que s'adapter à cet état de fait : « « le jouet c'est le reflet de la société, donc le jouet il avance en même temps que la société elle avance ».
    Cependant, souligne la sociologue, les catalogues reflètent moins la réalité qu'ils ne l'exacerbent, malgré l'insistance sur le caractère réaliste des jouets présentés (le poupon « pleure de vraies larmes », l'aspirateur « aspire vraiment », on peut « faire ses courses comme dans un vrai supermarché », utiliser « une pelleteuse plus vraie que nature »...) . Aussi faible soit-il dans la « vraie vie » le travail domestique masculin, n'est, par exemple, quasiment jamais mis en scène, hormis quelques évocations du bricolage et, très ponctuellement, de la cuisine. De même, les activités féminines se restreignent presque exclusivement à la sphère domestique. Et quand des activités professionnelles sont présentées, ce ne sont que des métiers « ultra-sexués » : infirmière ou mannequin pour les filles, pompier ou ouvrier pour les garçons. Resterait désormais à comprendre pourquoi cette catégorisation et ses stéréotypes se sont renforcés dans le monde du jouet, alors qu'ils font l'objet de remises en cause de plus en plus nombreuses dans la société.
 
A lire :

Mona Zegai, « Trente ans de catalogues de jouets : mouvances et permanences des catégories de genre », in Actes du colloque Enfance et cultures : regards des sciences humaines et sociales, Sylvie Octobre et Régine Sirota (dir), [en ligne] http://www.enfanceetcultures.culture.gouv.fr/actes/zegai.pdf Paris, 2010.
Mona Zegai, « La mise en scène de la différence des sexes dans les jouets et leurs espaces de commercialisation », Les cahiers du genre, n°49, 2010
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=CDGE_049_0035
Mona Zegai, « La fabrique du genre à travers le jouet », Chantiers politiques, n° 6, 2008
http://monille.free.fr/Mona%20Zegai%20%20Article%20Chantiers%20Politiques%202008.pdf

Sur le même sujet, dans SH :
http://www.scienceshumaines.com/des-jouets-qui-cachent-bien-leur-jeu_fr_4293.html

 

Par Magali Braconnot - Publié dans : Féminisme
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 15:28

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Ce n'est pas une surprise, mais c'est intéressant de détailler à quel point l'action du président Sarkozy est toxique.

 

Consulter l'abécédaire des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy :

cliquer ici

Par Magali Braconnot - Publié dans : Anti Sarko
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Samedi 15 octobre 2011 6 15 /10 /Oct /2011 14:43

Une vidéo pour comprendre le lien entre système marchand et éducation.

Ou comment penser autrement l'éducation...bien necessaire en ces temps de crises tous azimuts et de casse des services publics.

 

 

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Par Magali Braconnot - Publié dans : Education
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Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 23:28

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Par Magali Braconnot - Publié dans : Actualité
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Vendredi 3 juin 2011 5 03 /06 /Juin /2011 13:48

Exploitation du gaz de schiste, une impasse nauséabonde !

Le 1er mars 2010, le « Ministère de l'Ecologie » octroyait en catimini à plusieurs compagnies extractives des permis d'exploration pour rechercher du gaz de schiste sur plus de 4000 km2 autour du plateau du Larzac et ailleurs, soit 1% du territoire français. Cela inclut des secteurs comprenant des sites Seveso et des zones fortement nucléarisées. Cette décision a été prise en toute opacité, et en tout déni de démocratIe. Elle est inacceptable.

3 ans après le lancement tonitruant du Grenelle de l'Environnement, les gaz de schiste font figure de nouvelle bulle spéculative censée doper la croissance verte aux mains des multinationales de l'énergie en quête de solutions à la raréfaction pétrolière.

Or si le gaz conventionnel contribue moins au changement climatique que le charbon, il en va tout autrement du gaz de schiste, en raison de ses techniques d'extraction. Celles-ci, voraces en eau, destructrices pour les paysages et les terres agricoles, sont par ailleurs déjà responsables en Amérique du Nord de graves pollutions atmosphériques et des nappes phréatiques. Les microséismes qu'elles engendrent pourraient en outre avoir des conséquences gravissimes dans des régions aussi peuplées que l'Europe. Ni ici, ni ailleurs, nous ne sommes prêts à payer ce prix pour une pseudo indépendance énergétique restant sous la coupe des multinationales.

Fuite en avant conditionnée par des choix politiques obéissant à la pression des multinationales (dont Total, European Gas Limited, Hess/Toreador, Schuepbach Energy, GDF Suez...), cette logique vise à pérenniser un modèle de développement énergétique et économique inéquitable, productiviste et confortant la consommations d'énergie fossile.

Pourtant, l'aggravation du contexte de crise climatique impose de sortir de ce modèle et d'inventer une logique économique réellement alternative pour préparer dès aujourd'hui une société de sobriété énergétique.

Beaucoup de citoyennes et citoyens le savent : il est temps que les élus les suivent et exigent l'arrêt de l'exploration. Il faut inverser cette logique génératrice de dégâts irréversibles qui ne vise qu'à, en rajoutant sans cesse des unités de production énergétique, augmenter la valeur boursière des multinationales au détriment de ce qui est le plus essentiel à la vie.

Le gaz de schiste doit rester dans les roches. Quant au gaz naturel classique, il doit servir en priorité à fermer les plus vieilles et les plus dangereuses de nos centrales nucléaires, condition sine qua non d'un réel développement des énergies renouvelables (solaire, éolien, petit hydraulique et hydrolien, biomasse, production du biogaz à partir des déchets...) en accord avec les populations concernées.

Parmi nos propositions des Alternatifs figurent donc :

la création d'un véritable service public de la production et des économies d'énergie, affranchi des lobbys de l'atome et des hydrocarbures;

un plan de transition énergétique ambitieux donnant la priorité absolue aux économie d'énergie incluant un programme d'aide des particuliers à la rénovation thermique des bâtiments, incluant la mise en disposition de matériaux sains et simples à mettre en oeuvre ;

une réduction importante des transports par route, passant aussi par un réaménagement de l'urbanisme, une relocalisation et une décentralisation des activités, et une reconversion accompagnée de l'industrie automobile vers des secteurs écologiquement et socialement plus vertueux.

La coordination Générale des Alternatifs

Par Magali Braconnot - Publié dans : Ecologie
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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 11:44

agriculture Bruno LE MAIRE, mInistre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire organise la première réunion des ministres de l'Agriculture du G20, qui se déroulera les 22 et 23 juin 2011 à Paris.

D'après le ministre (propos recueillis sur le site du ministère de l'agriculture), les principales orientations des travaux de la Présidence française du G20 sur la volatilité des marchés agricoles et la prévention des crises alimentaires, concernent notamment :
- l’amélioration de la transparence des marchés agricoles ;
- une meilleure coordination pour prévenir et gérer les crises agricoles;
- la régulation des marchés financiers de dérivés de matières premières ;
- la situation des pays les plus vulnérables, notamment pour y relancer le développement durable de l'agriculture.
Ces objectifs seraient acceptables, si la volonté de contrôler la volatilité des prix s'appuyait :
- sur l'arrêt de la spéculation sur les marchés financiers de dérivés,
- sur le droit des pays à définir souverainement leurs politiques pour alimenter leur population,
- sur l'arrêt de la pression internationale pour les obliger à supprimer les taxes aux frontières et la régulation des prix agricoles internes,
- sur la mise en place des réserves alimentaires permettant de juguler la volatibilité des prix au plan national,etc.

Mais hélas ce n'est pas le cas !

Paysan-ne-s, consommateur-trice-s, citoyen-ne-s : nous sommes tous concerné-e-s ! Alors que le développement des agrocarburants, l'accaparement des terres, le réchauffement climatique, l'instabilité des prix, la main mise sur les semences, la pollution, la mise en cause de la biodiversité... menacent l'alimentation des peuples du monde entier (près d'un milliard de personnes souffrent de famine chronique d'après la FAO) et chassent les petit-te-s paysan-ne-s vers les bidonvilles,

! Nous vous appelons à vous mobiliser !
Faisons entendre notre voix
et la voix de celles et ceux qui ne sont pas représentés par les dirigeants des pays du G20
aux ministres de l'Agriculture, réunis ces 22 et 23 juin à Paris

TOUS le mercredi 22 juin à 12h
dans le jardin des Tuileries
côté place de la Concorde, près du musée de l'Orangerie

pour un pique nique festif, alternatif et actif !


à l'appel d' Artisans du Monde, ATTAC, la Confédération paysanne et Peuples Solidaires/ActionAid.
campagne soutenue par :
AITEC, Amis de la Terre, Campagne ‘Mondialisons nos Solidarités », CCFD – Terre Solidaire, Comité français pour la solidarité internationale (CFSI), CRID, Eau Vive, Élevages Sans Frontières, Fédération Syndicale Unitaire (FSU), Frères des Hommes, GRET, Ingénieurs Sans Frontières, Marche Mondiale des Femmes France, Oxfam France, Réseau Foi et Justice Afrique Europe, Ritimo, Solidarité, Terre des Hommes France, Union syndicale Solidaires.

Par Magali Braconnot - Publié dans : Agriculture
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Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 12:42


Jean Baubérot:
«La laïcité de l'UMP, c'est une France discriminatoire»


Article publié le lun, 30/05/2011 - 14:52, par Lénaïg Bredoux - Mediapart.fr


Jean Baubérot est professeur émérite de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l'Ecole pratique des hautes études, et auteur de nombreux ouvrages dont Laïcités sans frontières, cosigné par Micheline Milot (Seuil, janvier 2011), et deux «Que sais-je?» (Histoire de la laïcité en France et Les Laïcités dans le monde). Souvent présenté comme un partisan d'une «laïcité ouverte», il réfute cette expression et défend une laïcité assurant à la fois la neutralité de l'Etat et la liberté de conscience en démocratie. Entretien.


Comment réagissez-vous à la résolution sur la laïcité que doit présenter mardi l'UMP à l'Assemblée nationale?

Elle incarne une laïcité répressive. Or la laïcité doit à la fois combattre et pacifier. Historiquement, à travers des tensions internes et des tâtonnements, c'est ce qu'elle est parvenue à faire. Elle a réussi à construire des équilibres subtils qui, bon an mal an, ont fait fonctionner la République.
La laïcité «Umpétisée», en attendant d'être complètement lepénisée, n'est plus cela: quand on lit attentivement cette résolution, on s'aperçoit qu'elle est essentiellement souplesse à l'égard du catholicisme et fermeté à l'égard de l'islam.
L'interdiction pour les mères voilées d'accompagner les sorties scolaires, des femmes voilées dans les crèches, même privées, ou dans les sociétés privées qui concourent au service public, voire l'idée d'un «encadrement» des tenues dites religieuses dans les entreprises, tout cela risque de rendre très difficile pour ces personnes l'accès au marché du travail. Or c'est historiquement un facteur d'autonomie pour les femmes. Il est donc paradoxal de prétendre le faire au nom de leur émancipation. Cela n'a de logique propre que si on veut façonner les femmes qu'on dénonce, pour qu'elles ressemblent à ce qu'on les accuse d'être.

Plus généralement, quelles traces, selon vous, a laissé le «débat» organisé par l'UMP début avril sur l'islam et la laïcité?

Jean-François Copé a ouvert le débat en affirmant qu'il enlevait ainsi un argument électoral à Marine Le Pen. Or cela a justement contribué à la mettre au centre du débat. Marine Le Pen devient même la championne de la laïcité dominante. Mais face à cela, la gauche ne sait pas trop quoi dire. Certains, s'ils ne sont pas d'accord avec le débat, sont d'accord avec son résultat, c'est-à-dire les propositions faites par l'UMP. D'autres sont sur une position plus ferme selon laquelle c'est l'Etat qui doit être laïque, et pas une pseudo-laïcité imposée aux citoyens.
Or, depuis la création du Pacs, il n'y a plus d'avancée quant à l'Etat laïque: sur la bioéthique et l'euthanasie, la France est très timide. Pourtant, il s'agit là de séparer la loi de l'Etat et des morales religieuses.
Il faut donc reconstruire un discours offensif et dynamique de la gauche à opposer à la droite en terme de laïcité. Quel paradoxe quand on songe que, jusqu'aux années 1980, la laïcité était un des marqueurs de l'identité de gauche! Maintenant elle devient le marqueur d'une identité de droite et d'extrême droite. Ce sera un des enjeux majeurs de la campagne électorale.

Comment s'est opéré ce glissement de la notion de laïcité, de la gauche vers la droite?

Il y a eu une stratégie entamée en 2003 à la suite du 11 Septembre et de la victoire de Jacques Chirac face au Front national en 2002, avec le rapport de François Baroin en 2003. Son rapport intitulé «Pour une nouvelle laïcité» montre bien qu'il s'agit d'autre chose que de la laïcité historique, pour en faire une valeur de droite, sur le registre culturel et identitaire, et se démarquer des revendications identitaires qui seraient le fait des musulmans.

Au début des années 1980, la droite dure se manifestait plutôt par des polémiques contre les immigrés avec la thématique de l'envahissement, comme le montre une couverture du Figaro Magazine en 1985 avec pour question «Serons-nous encore français dans 30 ans?» (voir ci-contre) et pour illustration une Marianne portant un foulard. Plusieurs événements ont ensuite fait qu'il est apparu plus honorable de dénoncer un certain islam que les immigrés.
L'année 1989 est à ce titre cruciale: avec la première affaire du foulard, c'est le départ d'une laïcité de droite affirmée et l'année d'un clivage au sein de la gauche. Avec deux événements internationaux pour cadre: la fatwa de l'imam Khomenei contre Salman Rushdie qui a conduit à une peur de l'islam politique, et la chute du mur de Berlin. Avec la fin de l'antagonisme Est-Ouest, l'antagonisme par rapport à l'islam politique est devenu d'autant plus fort. C'est là qu'intervient en France la publication de deux manifestes, l'un dans Le Nouvel Observateur, l'autre dans Politis, avec, à chaque fois, des intellectuels de gauche défendant deux conceptions opposées de la laïcité, notamment à l'école.

C'est ensuite la guerre civile en Algérie dans les années 1990 qui repolitise le foulard. Avec le 11 Septembre, enfin, l'islam devient la représentation de l'immigration dangereuse. Et c'est là que Baroin a entamé le programme laïque de droite. Il avait une grande culture en la matière – son père était un des dirigeants du Grand Orient de France – et il avait compris qu'il n'y avait plus de dissensus entre la laïcité et l'électorat catholique de la droite, notamment après Vatican II.

Depuis, la droite a encore franchi un cap avec Nicolas Sarkozy, et sa revendication identitaire d'une France tournée vers ses «racines chrétiennes» et son refus d'accommodements envers l'islam. C'est cet usage de la laïcité qui est aujourd'hui dominant. Une laïcité transversale avec laquelle la droite est plus à l'aise que la gauche, car elle aboutit finalement à un discours anti-immigrés.

On semble ici bien loin de l'esprit des lois de 1905 dont l'UMP se revendique pourtant souvent. Qu'en est-il selon vous?

Ce n'est pas la laïcité de 1905, c'est une laïcité de religion civile, à la Rousseau. Au début du XXe siècle, deux visions se sont affrontées, avec la «laïcité intégrale» incarnée par Emile Combes, qui voyait les congréganistes comme l'UMP voit aujourd'hui les femmes portant le foulard, donc comme une menace pour la République, et ceux qui ont mis le holà. Clemenceau en 1903 tient un discours dans lequel il s'oppose à l'Etat laïque s'il signifie un Etat tout-puissant. Au moment de la loi de séparation, la gauche socialiste, avec Jaurès et Briand, écoute le centre-droit et intègre une partie de ses demandes.

Ceux qui se réclament de la loi de 1905 ne connaissent bien souvent pas son contenu: le texte rend en fait le plus facile possible la continuation de la religion en situation de séparation. La loi commence par la liberté de conscience: la neutralité de l'Etat est posée par rapport au contenu de la religion – ses doctrines –, mais l'Etat garantit le libre exercice de la religion et la liberté de conscience.
Les gens réduisent la loi de séparation à une partie de l'article 2 qui dit que l'Etat ne finance pas les cultes. Mais même l'article 2 est tout de suite suivi d'une exception, pour les aumôneries dans des lieux fermés (internats, hôpitaux, prisons, armée)! Et pourquoi une telle décision? Parce que, pour garantir la liberté de conscience, il faut parfois aller jusqu'à payer avec l'argent public...
Il y a aussi eu à l'époque un débat sur le port de la soutane. Certains estimaient qu'il fallait l'interdire, parce qu'elle était plus politique que religieuse et que, dans certains pays, les prêtres ne la portaient pas. Soit exactement les mêmes débats qu'aujourd'hui sur le voile! A l'époque, c'est Aristide Briand qui avait expliqué que la séparation des Églises et de l'Etat faisait que n'importe qui pouvait se promener en soutane et que la République ne garantissait plus aux curés le monopole de la soutane. C'est ça la laïcité!
La loi de 1905 libéralise aussi les processions religieuses. Comment peut-on dire aujourd'hui que ce texte interdit les prières de rue? On marche sur la tête. Le terme laïcité devient un terme magique qui permet aux gens de dire n'importe quoi.

Vous avez signé l'appel contre le «débat» de l'UMP publié dans Le Nouvel Observateur et Respect Magazine. Appel signé par Martine Aubry avant qu'elle ne se dédise en raison de la présence de Tariq Ramadan parmi les signataires. Comment réagissez-vous à cette décision?

Comment voulez-vous que la gauche s'en sorte si on est dans des débats comme cela? On signe un texte pour les idées qu'il exprime. A mon sens, cela n'est d'ailleurs nullement révélateur de la position de Martine Aubry elle-même, mais de certains rapports de force internes au sein de la gauche en général et du PS en particulier. Mais si le PS ne vote pas la résolution de l'UMP, cela constituerait une bonne nouvelle.
Par ailleurs, historiquement, il ne faut pas oublier qu'il y a eu une gauche antisémite, au nom de la lutte contre le capitalisme. Il peut aussi y avoir une gauche islamophobe par défense de valeurs libertaires, avec des glissements assez analogues avec ceux qui parlaient de capitalisme juif... On le voit par exemple avec les débats qui traversent les féministes. On est aujourd'hui beaucoup plus féministe radicale quand il s'agit de l'islam. On voit aussi que le soutien au printemps arabe est assez mou.

Puisque laïcité et immigration sont étroitement liées dans l'acception dominante, la gauche ne s'en sortira pas sans répéter que l'immigration est une chance pour la France. Car la reconstitution historique de Sarkozy est imaginaire et idyllique: il fait comme s'il n'y avait jamais eu persécution ou conflit politico-religieux sous la chrétienté. Autrement dit, comme si tout allait bien tant que l'islam n'était pas là. Finalement, on demande aux musulmans de s'intégrer à un patrimoine imaginaire, où ils ne peuvent donc être qu'en déficit permanent de laïcité, et où les autres religions l'ont, par définition, dans le sang. Y compris les Alsaciens-Mosellans qui vivent sous le concordat, et sont la seule région sous le contrôle de l'UMP!

Mais, comme le prétendent la droite, l'extrême droite et une partie de la gauche, l'islam pose-t-il un problème spécifique à la laïcité?


Bien sûr, les comportements de certains musulmans, comme de certains juifs orthodoxes par exemple, peuvent poser problème. Je ne l'ai jamais nié. Mais je pose deux questions qui me semblent essentielles. La première est la hiérarchie faite entre les problèmes qui traversent la société. Par exemple, sur les horaires des piscines: on peut avoir un débat mais désislamisons-le. Parce que les horaires non mixtes conviennent aussi aux juives orthodoxes et à des individualités. Et est-ce vraiment quelque chose de si énorme que la République soit en jeu? Est-ce plus important que le différentiel de salaire entre les femmes et les hommes? Cette hiérarchisation crée un climat malsain.

Je m'interroge aussi sur la façon dont on met en cause des musulmans, ou, par ailleurs, les jeunes des cités, et pas d'autres personnes. La ministre Chantal Jouanno vient de déclarer qu'elle «ne peut porter une jupe dans l'hémicycle sans entendre des propos salaces» et la députée PS Sandrine Mazetier confirme qu'il règne chez les députés «une forme d'infantilisation des femmes (qu'elle) n'avait jamais rencontrée auparavant». La discrimination n'est-elle pas manifeste? Le deux poids, deux mesures, systématique n'est pas supportable.
Et n'est-ce pas une sinistre plaisanterie que ces mêmes députés se gargarisent de la «dignité de la femme» et de «l'égalité des sexes» quand il est question de l'islam. En fait, la droite, quand elle propose des lois ou des mesures qui visent l'islam, n'a que faire de la laïcité ou de l'égalité femme-homme. Elle les instrumentalise totalement. Et la gauche doit être beaucoup plus rigoureuse et exigeante sur ces questions.


URL source: http://www.mediapart.fr/journal/france/300511/jean-bauberot-la-laicite-de-lump-cest-une-france-discriminatoire
Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/category/rubriques/france
[2] http://www.mediapart.fr/journal/mot-cle/debat
[3] http://www.mediapart.fr/journal/mot-cle/islam
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[10] http://www.mediapart.fr/journal/france/040411/la-laicite-une-question-qui-embarrasse-la-gauche
[11] http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/010411/tariq-ramadan-jai-touche-le-point-ou-la-france-est-sensible
[12] http://www.mediapart.fr/files/media_56331/UNEFIGMAG1985.png
[13] http://www.mediapart.fr/files/appelobslaicite.pdf
[14] http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110323.OBS0156/non-au-debat-proces-de-l-islam-un-appel-du-nouvel-obs-et-de-respect-mag.html
[15] http://www.leparisien.fr/politique/le-machisme-ordinaire-a-l-assemblee-nationale-30-05-2011-1472812.php

Par Magali Braconnot - Publié dans : Laïcité
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Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 10:14

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"Nous continuons à mettre tout en œuvre pour que notre projet soit « l’alternative » à la décision d’UNILEVER de sacrifier 182 familles pour gaver encore plus leurs actionnaires et engraisser leurs serviteurs.

Nous ne lâcherons rien et nous continuerons à lutter toujours avec la même détermination et la même volonté contre la fermeture de l’usine pour le maintien de l’emploi et la poursuite de l’activité". 

 

visiter le blog et signer la pétition : cliquer ici

Par Magali Braconnot - Publié dans : Luttes
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 18:54

 22 janvier 2011

« Le Medef parle d’un monde qui n’existe pas » (l’Humanité)

 

Non, le coût du travail n’est pas trop élevé, c’est la rapacité de l’oligarchie qu’il faut attaquer ! Ex-directeur des affaires sociales de la fédération patronale des assurances, Éric Verhaeghe claque la porte du Medef. Il dénonce une doctrine économique qui met en péril la société et la démocratie.

 

Vous venez de quitter avec fracas le Medef que vous représentiez dans de nombreux organismes paritaires comme, par exemple, l’Apec, la Cnav ou encore l’Unedic. Dans le même élan, vous publiez un livre (1) dans lequel vous remettez en cause, un à un, tous les dogmes économiques du patronat. Quel a été le déclic ?

 

Éric Verhaeghe. J’ai voulu exercer un droit d’inventaire sur la pensée économique dominante depuis quarante ans. Né à la fin des années 1960, je suis d’une génération qui n’a jamais connu que la crise, une génération qui a vécu dans la nostalgie des Trente Glorieuses. Avec l’implosion du modèle soviétique, quand l’économie de marché est restée comme seul système global, il y a eu un pari : plus on développera ce système, plus vite on arrivera à l’essence du marché en concurrence libre et parfaite, plus vite on sera prospères et on renouera facilement avec la croissance des Trente Glorieuses. Pendant la décennie 1980, on a fait de la privatisation à tout-va ; pendant la décennie 1990, on a abaissé le coût du travail on a quand même dépensé 1,5 point de PIB en allégements de charges Le résultat est terrible. En réalité, au bout de quarante ans, non seulement ça ne va pas mieux, mais au contraire, le système est en train de s’autodétruire. Cette crise n’est pas imputable à la rigidité du marché, mais au contraire, à sa flexibilité. Cela oblige à remettre en cause nos vieilles croyances. Collectivement, les élites de ce pays ne peuvent plus continuer à soutenir que les recettes d’avant 2008 vont nous sortir du marasme, elles sont la cause de la crise !

 

« Prédateurs », « nomenklatura capitaliste », « médias stipendiés par le pouvoir » Ce vocabulaire fleuri auquel vous recourez dans votre livre peut surprendre venant d’un acteur du système.


Éric Verhaeghe. Ce sont les mots de quelqu’un qui a vu Aujourd’hui, chacun doit prendre sa responsabilité. Je m’adresse aux citoyens. Et les patrons sont des citoyens, aussi. Croire que travailler dans l’univers patronal signifie endosser forcément des doctrines qui sont dangereuses pour l’économie de marché est une erreur. Et je dis très clairement qu’aujourd’hui la doctrine du Medef est dangereuse parce qu’elle est potentiellement productrice d’un risque systémique. A mes yeux, ce qui ressort de la crise de 2008, c’est que la pérennité de l’économie de marché tient beaucoup plus aux salariés qu’à leurs patrons.

 

En démontant les impératifs catégoriques de la modération salariale et des baisses d’impôts, vous vous attaquez au cœur des revendications traditionnelles du patronat. Le Medef n’est donc pas aussi « réaliste » qu’il le prétend ?

Éric Verhaeghe. Le Medef de Laurence Parisot nous parle d’un monde qui n’existe pas. Il nous parle de gens trop payés, d’un état qui a trop de recettes fiscales, il fait un certain nombre d’observations économiques qui sont totalement à côté de la plaque. Je me souviens d’une réunion, au mois de novembre 2008, sur la protection sociale, où les patrons présents se sont livrés à un exercice de comparaison de leurs retraites chapeau. Ce jour-là, on avait sorti un listing avec les 500 plus grosses retraites chapeau de France, et la seule question qui se posait, c’était : qui est dans le top 100 ? La réalité de la France, aujourd’hui, la voilà : d’un côté, des salariés qui ont envie que ça marche, et de l’autre, un certain nombre de patrons dont la première préoccupation en temps de crise est de vérifier qu’ils sont mieux payés que les autres. J’appelle ça le syndrome « 10 mai 1940 » : en pleine tourmente, l’obsession de l’état-major est de s’occuper de ses prébendes. Est-ce que mes mots sont durs ? Oui, ils le sont, mais parce que la réalité l’est !

 

A maintes reprises, vous comparez les privilégiés d’aujourd’hui à la noblesse de l’Ancien Régime


Éric Verhaeghe. Le paradigme de 1789 permet en effet de comprendre notre époque Avant la Révolution, il y a une crise des finances publiques et une crise économique ; les élites en profitent et ne veulent surtout pas faire le moindre effort pour enrayer la crise. Aujourd’hui, nous avons un phénomène absolument identique : par exemple, mesure-t-on bien que la dette publique, c’est de l’épargne garantie pour les très gros revenus ? Lorsque Liliane Bettencourt reçoit un chèque de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal, ce chèque est financé par de la dette que Liliane Bettencourt achète sous la forme d’emprunts d’état et, du coup, quand on la rembourse, on lui fait un nouveau cadeau. Le bouclier fiscal est une opération de passe-passe qui permet d’accroître le patrimoine des gros revenus en le faisant financer par l’écrasante majorité des citoyens.

 

Alors que Denis Kessler, longtemps figure de proue des assurances et du patronat tout court, s’était réjoui de l’élection de Nicolas Sarkozy qui devait, selon lui, permettre de rompre avec l’héritage du programme du Conseil national de la Résistance (CNR), on peut, à vous écouter, vous imaginer plus proche de certains des objectifs de ce même CNR « L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », cela vous parle ?

 

Éric Verhaeghe. La Sécurité sociale telle qu’elle existe n’est plus la déclinaison de cet objectif. Aujourd’hui, ce sont les salariés qui portent l’essentiel du financement de la protection sociale. En 1945, le travail était la source de la richesse, mais en 2010, le travail l’est beaucoup moins. Il y a une très grande partie de la richesse qui est aujourd’hui produite à partir de l’argent lui-même Continuer à asseoir la Sécurité sociale sur le seul travail, cela conduit à faire porter aux salariés un poids exorbitant. On a un sujet de fond, là.

 

Par votre position professionnelle de directeur des affaires sociales à la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA)...

 

Éric Verhaeghe. Ex-position professionnelle ! Je ne suis pas encore licencié, mais c’est en cours

 

Vous pouvez être soupçonné de vouloir faire le jeu des assurances privées qui lorgnent sur le magot

 

Éric Verhaeghe. Eh bien, je vais vous répondre de façon transparente. Lorsque la FFSA a proposé, en novembre, de défendre auprès du Medef une position consistant explicitement à baisser le rendement des retraites pour favoriser la vente de produits d’assurance, j’ai écrit à Bernard Spitz (président de la FFSA NDLR) que je n’étais plus d’accord avec ces positions. Je lui ai fait part de mon intention de partir et, ce faisant, d’abandonner tous mes mandats au sein des organisations patronales.

 

Est-ce que l’on débat à l’intérieur du Medef ?

 

Éric Verhaeghe. Sur les retraites, il y a eu un vrai débat parce que ce dossier était suivi par Jean-François Pilliard, de l’UIMM. C’est un vrai professionnel, c’est un vrai homme de dialogue. Sur le droit du travail, il n’y a aucun débat au sein du Medef : il y a un comportement extrêmement autoritaire que j’ai qualifié, et je persiste, d’immobilisme brejnevien.

 

Quel tableau !

 

Éric Verhaeghe. Quand j’étais petit, dans ma famille d’artisans du bâtiment, on disait déjà : « Il y a trop de charges ! » Trente ans plus tard, les grands patrons continuent dans la même veine. Ce discours est éternel dans le patronat, petit ou grand, quelles que soient les époques, quel que soit le montant des cotisations. Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est une capacité à remettre en cause les tabous de la pensée unique. Et ça, c’est sûr que le Medef n’a aucune intention de le faire. En dehors de sa litanie traditionnelle « soulageons-nous de toutes les charges que nous avons » , il n’y a pas de pensée

 

En même temps, ça marche : il suffit de regarder les montants en jeu

 

Éric Verhaeghe. 30 milliards d’euros par an d’allégements de charges !

 

Comment rompre avec ce système où la société paie à la place des détenteurs du capital ?

 

Éric Verhaeghe. La question n’est pas de savoir s’il faut des allégements de charges Peut-être qu’il en faut, après tout ! Le vrai sujet, c’est le contrôle démocratique qui s’exerce. Et ce qui n’est pas admissible, c’est de faire vivre le mythe d’une économie de marché qui serait opprimée par l’état, alors qu’en réalité, l’économie de marché est subventionnée par le contribuable et qu’elle refuse dans le même temps tout contrôle sur les subventions qu’elle reçoit. Je préconise la transparence. On peut reprendre un système simple, prévu par la Déclaration de 1789 : « Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. » Dès lors qu’on met 1 euro public dans une activité, le citoyen doit avoir le droit de demander des comptes sur l’utilisation de cet euro. D’une manière plus globale, il faut défaire l’emprise sur la vie sociale de quelques grandes entreprises, souvent issues du public, qui ont par leur structure capitalistique la capacité de dominer. C’est le cas fameux des entreprises dites « too big to fail » (trop grosses pour faire faillite NDLR). Alors que le citoyen est obligé de trouver un contrat d’assurance pour toute activité, les banques, par exemple, ont droit à la garantie gratuite de l’état, quoi qu’elles fassent. Il faut commencer par informer les citoyens sur les privilèges exorbitants de ces grands groupes, il faut qu’on en ait conscience collectivement et que ça soit choisi. Je suis partisan du démantèlement des très grandes entreprises : dès lors qu’une entreprise atteint une taille qui la rend plus puissante qu’un état, il faut la démanteler. On sait le faire quand l’entreprise constitue une menace pour la libre concurrence. Je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas ce pouvoir dès lors qu’elle menace la souveraineté des peuples.

 

Entretien réalisé par Thomas Lemahieu http://humanite.fr/ 20 janvier 2011

Par Magali Braconnot - Publié dans : Economie
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